Dans le monde de l’éducation, chaque enseignant a une histoire unique à raconter. Amélie Ringuet, enseignante au Centre de Services Scolaire de la Côte-du-Sud, incarne parfaitement cette singularité. Son parcours atypique et sa vision de l’enseignement bousculent les étiquettes et les attentes traditionnelles.
Récemment, elle a mené avec ses élèves un projet fascinant : une maison hantée. Ce projet, baptisé « Spooky House Project », s’est d’abord présenté comme un véritable défi. Plutôt que d’abandonner face aux difficultés, Amélie a choisi d’y consacrer plus de temps, convaincue de son potentiel pédagogique. Les élèves ont alors endossé le rôle d’agents immobiliers chargés de concevoir et vendre leur propre maison hantée.
Ils ont créé une agence immobilière fictive, choisi un nom, imaginé une adresse comme « Devil’s Road », puis rédigé des descriptions dignes d’annonces réelles. Amélie leur a fourni un vocabulaire adapté pour enrichir leurs textes et stimuler leur créativité. Chaque pièce de la maison devait être décrite dans ses moindres détails, avec des éléments effrayants : un bain de sang dans la salle de bain, une toilette envahie par des rocs… Le projet s’est achevé par une présentation où les élèves ont voté pour la maison la plus terrifiante et convaincante.
Au-delà de l’aspect ludique, ce projet a été l’occasion d’explorer l’apprentissage collaboratif. Amélie a constaté que beaucoup d’élèves n’avaient pas encore pleinement intégré ce que signifie travailler en équipe. Plutôt que de se contenter d’exécuter leurs tâches individuellement, elle les a encouragés à partager leurs idées et à construire ensemble une vision commune. Cette expérience lui a aussi permis de réévaluer ses objectifs pédagogiques : au-delà des compétences académiques, apprendre à collaborer est essentiel.
Le parcours d’Amélie est tout aussi original que son approche. Avant de devenir enseignante, elle a exploré des domaines aussi variés que le tourisme et la politique. Elle a voyagé avec un groupe international, étudié la langue et la traduction, travaillé dans l’organisation de voyages, puis occupé un poste d’attachée politique. Ces expériences lui ont apporté des compétences précieuses en communication, en gestion des relations humaines et en adaptation culturelle, qu’elle applique aujourd’hui dans sa classe.
Cette trajectoire non conventionnelle lui donne un regard critique sur le système éducatif. Elle se définit comme une « non légalement qualifiée » (NLQ), une désignation qu’elle rejette car elle sous-entend un manque de légitimité. Pour elle, l’expérience et les compétences pratiques comptent tout autant que les diplômes. Elle déplore que de nombreux enseignants qualifiés n’aient pas toujours le vécu nécessaire pour comprendre pleinement les réalités des élèves et plaide pour une reconnaissance des parcours alternatifs en enseignement.
La pénurie d’enseignants met en lumière ces enjeux. Face aux nombreux postes vacants, des enseignants comme Amélie, issus d’autres horizons, deviennent indispensables. Jonglant entre plusieurs emplois pour subvenir aux besoins de sa famille, elle reste passionnée et investie, convaincue que son rôle fait une différence dans la vie des élèves.
Elle insiste aussi sur l’importance de la formation continue. Même sans diplôme en enseignement, elle ne cesse d’apprendre : elle recherche des mentors, participe à des ateliers et affine ses pratiques. Selon elle, la formation devrait être accessible à tous, quel que soit le parcours, afin d’améliorer la confiance et la compétence des enseignants, et ainsi enrichir l’expérience des élèves.
L’histoire d’Amélie Ringuet illustre la richesse et la diversité des trajectoires en éducation. Son approche collaborative et sa vision critique du système remettent en question les modèles traditionnels et ouvrent une réflexion sur ce que signifie réellement enseigner. Elle rappelle que chaque enseignant, quelle que soit son expérience, a quelque chose d’unique à offrir, et que l’apprentissage est un voyage perpétuel, tant pour les élèves que pour ceux qui les accompagnent.