Nous sommes bombardés d’un flot incessant de nouvelles en lien avec Donald Trump. Chaque jour, une déclaration choquante, une menace, un scandale ou une provocation envahit l’espace médiatique. Peu importe notre position politique, une chose est indéniable: il sait capter notre attention. Mais au-delà des manchettes et des controverses, un mécanisme profond est à l’œuvre. Il ne s’agit pas simplement d’une stratégie de communication agressive ou d’un goût pour le chaos. C’est un véritable outil de contrôle: l’angoisse.
J’ai longtemps eu du mal à comprendre pourquoi ce déferlement constant d’informations sur Trump me dérangeait autant. Ce n’est pas seulement une question de désaccord ou de lassitude. J’ai fini par réaliser que c’est l’angoisse qu’il génère en moi qui me pèse réellement. Et comme la plupart des gens, je n’aime pas visiter ce genre d’émotion. L’angoisse est inconfortable. Elle donne envie de réagir vite, de fuir ou de se battre. Mais ce que Trump comprend très bien, c’est que l’angoisse est aussi une formidable force de contrôle. Ai-je raison de croire qu’en nous maintenant dans cet état d’alerte permanent, il nous pousse à être réactifs plutôt que réfléchis?
Brené Brown, dans Atlas of the Heart, explique que nous ne pouvons pas gérer ce que nous ne comprenons pas. En nommant précisément nos émotions, nous regagnons du pouvoir sur elles et brisons les cycles de confusion, de peur et de réactivité. Le problème, c’est que nous avons appris à éviter ou à combattre l’angoisse plutôt qu’à la comprendre. Or, en tentant de fuir cette émotion, nous tombons dans le jeu de celui qui la manipule. Nous devenons soit paralysés, soit hyper-réactifs, renforçant ainsi le cycle qu’il entretient avec brio.
La clé pour sortir de ce piège est d’apprendre à reconnaître et à accueillir l’angoisse au lieu de la subir. Plutôt que de lutter contre elle, nous pouvons la nommer, l’explorer et la comprendre. Brown nous rappelle que l’angoisse, aussi inconfortable soit-elle, n’est pas une ennemie. C’est un signal, une réaction humaine à l’incertitude. En acceptant notre vulnérabilité au lieu de la refouler, nous reprenons le contrôle de notre propre esprit. Nous réalisons que nous n’avons pas besoin de répondre à chaque provocation, que nous pouvons choisir notre réaction plutôt que d’être happés par l’urgence fabriquée de l’actualité.
Trump perd son pouvoir sur nous dès l’instant où nous arrêtons de réagir à chaud. Dès que nous prenons le temps de respirer, de réfléchir et d’accepter que l’angoisse fait partie de l’expérience humaine sans qu’elle dicte nos actions, nous lui retirons son plus grand levier d’influence. Se libérer de l’angoisse, c’est reprendre le contrôle. Et reprendre le contrôle, c’est tourner la page sur ceux qui veulent nous maintenir dans la peur.