Ne rien prendre de personnel.

À mon humble avis, il y a une phrase qui peut sauver une carrière. Pas une phrase magique qui fait apparaître le silence. Pas une phrase qui transforme instantanément un groupe en chorale zen. Une phrase plus humble. Plus profonde. Plus durable. Un principe important en gestion de classe: ne rien prendre de personnel.

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Je sais. Facile à dire. Parce qu’en vrai, l’école, c’est émotionnel. Quand un élève te répond sec, quand il soupire comme si tu venais de lui annoncer la fin de l’humanité, quand il ne fait pas son devoir alors que tu lui as donné du temps, quand il te regarde avec ce petit air de « tu me gosses », ton cerveau d’adulte fait vite le raccourci: « Il me manque de respect. » « Il me provoque. » « Il me défie. » Et là, sans même t’en rendre compte, tu n’es plus en posture d’accompagnement. Tu es en posture de défense. Et c’est exactement là que ça devient périlleux, même dangereux.

En gestion de classe, notre ego est souvent assis au premier rang. Il prend des notes. Il interprète. Il exagère parfois. Mais la vérité, c’est que la majorité des comportements difficiles ne sont pas une attaque personnelle. C’est rarement: « Je veux nuire à mon enseignant. » C’est plus souvent: « Je ne sais pas gérer ce que je vis. »

Un élève peut résister parce qu’il a honte, parce qu’il est fatigué, parce qu’il n’a pas mangé, parce qu’il a peur d’être nul, parce qu’il ne comprend pas, parce que sa vie à la maison est un champ de mines, parce qu’il a besoin d’exister, même maladroitement. Et toi, tu arrives dans ce moment-là avec ton plan de cours, ton intention, ton cadre, ta bienveillance mais lui arrive avec un sac invisible. Si tu prends ça personnellement, tu vas punir un symptôme. Si tu ne prends pas ça personnellement, tu vas enfin voir l’humain.

Attention! Ne rien prendre de personnel ne veut pas dire tout accepter. Ne rien prendre de personnel, ce n’est pas être mou, ce n’est pas dire oui à tout, ce n’est pas laisser passer. C’est plutôt je garde le cadre sans me venger. Je corrige le comportement sans écraser la personne. Je réagis avec intention, pas avec orgueil. C’est un art. Le cadre est là pour sécuriser. Pas pour gagner un bras de fer.

Lis bien ce qui suit: Le jour où tu arrêtes de personnaliser, tu récupères quelque chose d’immense. Ton énergie. Parce que prendre les comportements de 25 élèves (même plus) personnellement, c’est comme porter 25 sacs à dos émotionnels en même temps. Et on finit par s’épuiser. On finit cynique. On finit irritable. On finit à bout.

Alors que si tu fais ce déplacement ce n’est pas contre moi, c’est une information précieuse sur lui, C’est aussi un appel de compétence tu redeviens alors libre d’enseigner, libre d’accompagner, libre de respirer.

Quand ça chauffe, j’essaie de me répéter une de ces phrases-là (parce que oui, moi aussi je dois me le rappeler) : “Ce n’est pas sur moi. C’est sur ce qu’il vit. Je suis le thermostat, pas le thermomètre. Mon rôle n’est pas de gagner. Mon rôle est d’éduquer.” Tu veux garder ton calme? Ce n’est pas une question de talent. C’est souvent une question de phrase refuge.

Concrètement, comment on fait? Voici des gestes simples qui changent la posture:

1) Respirer avant de répondre (même une seconde), nommer le comportement sans étiquette “Je vois que tu refuses de commencer” plutôt que “Tu es toujours en opposition”

2) Offrir un choix encadré: “Tu peux commencer maintenant ou commencer sur l’heure du lunch. »

3) Revenir en réparation après: “Tantôt, ça a escaladé. Qu’est-ce qu’on peut faire pour que ça se passe mieux la prochaine fois?”

4) Dissocier l’élève de son moment: “Je t’apprécie, même quand c’est difficile.” Ça? C’est du leadership éducatif! Pas de la magie!

Alors j’aimerais te poser la question. Quel comportement d’élève as-tu le plus tendance à prendre personnellement? Qu’est-ce que ça vient toucher en toi? Parce qu’au fond, ne rien prendre de personnel, ce n’est pas juste une stratégie de gestion de classe. C’est une façon de rester humain. Oh un dernier truc. Il arrive parfois que je consulte un psy. Consulter fait face à tes souffrances pour les comprendre. Ainsi tu seras mieux équipé pour accompagner les souffrances des autres avec compassion.

Tu comprends?

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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