On n’empile pas, on arrime. La leçon qui devrait secouer nos écoles

Le 25 décembre dernier, pendant que plusieurs déballaient des cadeaux, moi, je recevais le mien autrement. Il pleuvait à Bouskoura. Une vraie pluie. Une pluie attendue depuis près de huit ans. Ici, la pluie n’est pas un détail météorologique. Elle touche les récoltes, bien sûr, mais surtout le moral. M. Bakir de la Victoria International School me l’a dit simplement, avec cette sérénité qu’ont les gens profondément enracinés dans leur terre: la pluie, c’est un bonheur. Et sans le savoir encore, il venait de m’offrir la plus belle métaphore possible pour parler d’éducation.
Le Maroc est un pays de passage, un carrefour naturel entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique. Et cette idée de passage, de pont, traverse la vision éducative envisagée par cette école. Quand je lui ai demandé pourquoi le Canada, pourquoi ce lien si fort avec un système éducatif situé à des milliers de kilomètres, sa réponse a été d’une clarté désarmante. Parce que le système canadien place l’enfant au centre. Parce qu’aucun enfant n’est laissé dans l’ombre. Parce qu’il y a toujours, quelque part, une bougie allumée. Cette image m’a marqué. Combien de systèmes éducatifs éteignent des bougies sans même s’en rendre compte?

C’est exactement là que prend tout son sens le programme ÉFIA à l’étranger. Derrière cet acronyme un peu administratif Écoles Francophones Internationales Autorisées se cache une idée profondément humaine. Celle de permettre à des écoles à l’étranger de s’inspirer du programme officiel du Nouveau-Brunswick, reconnu et rigoureux, tout en respectant la culture, la langue, les coutumes et la réalité du pays d’accueil. Ce n’est pas un copier-coller. Ce n’est pas une exportation brutale d’un modèle. C’est un partenariat éducatif. Une rencontre.


À Victoria International School, cela se traduit concrètement par le bac international marocain et les pédagogies du Nouveau-Brunswick. Les élèves tirent avantage de la vision pédagogique canadienne, axées sur la pensée critique, les compétences transversales, la confiance en soi et une évaluation qui ne se limite pas à la simple note, tout en demeurant solidement ancrés dans le système marocain. Quand je lui ai demandé si cela représentait une charge trop lourde pour les jeunes, M. Bakir a été très clair. Nous n’empilons pas, nous arrimons. On a d’abord réfléchi au profil de sortie de l’élève, à la personne que l’on souhaite former, puis on a construit des passerelles entre les deux systèmes. Ce n’est pas un antagonisme, c’est une synthèse. Un travail de finesse, exigeant, mais profondément respectueux des élèves.


Ce que j’ai aussi trouvé inspirant, c’est cette vision de l’éducation comme ouverture et non comme déracinement. À Victoria International School, les élèves apprennent en arabe, en français et en anglais. Trois langues. Trois fenêtres sur le monde. M. Bakir l’a formulé avec une image que je garde précieusement: une fenêtre éclaire, deux fenêtres éclairent davantage, mais trois fenêtres ouvrent véritablement le monde. Le programme ÉFIA permet exactement cela: ouvrir des horizons sans fermer les racines.


Je lui ai posé une question un peu provocante, presque naïve: et si les élèves partaient au Canada et ne revenaient jamais? Il a souri. Les Marocains sont comme des oiseaux, m’a-t-il dit. Ils partent, mais ils reviennent toujours. Parce que les liens ne sont jamais coupés. Parce que l’identité est forte. Parce que partir n’est pas trahir. Le programme ÉFIA ne crée pas une fuite des cerveaux, il crée de la circulation. Des allers-retours. Des échanges. Des ponts humains.


Je repars de cette visite avec une conviction encore plus ancrée. Un bon programme éducatif ne se reconnaît pas à son logo ou à son prestige, mais à la posture qu’il propose à l’enfant. Ici, le programme ÉFIA n’est pas une vitrine. C’est un cadre. Un cadre qui permet à une école marocaine de rester profondément marocaine tout en offrant à ses élèves une porte réelle vers le monde. Comme la pluie à Bouskoura, l’éducation arrive quand on prépare bien le sol. Et quand les bougies restent allumées, même quand le ciel est couvert.

Fred
Le Cancre Pédagogue

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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