Le coût caché d’une belle intention

Chaque année, à l’approche des fêtes ou de la fin des classes, une habitude bien intentionnée refait surface : offrir un cadeau à l’enseignant. Si, en apparence, ce geste est une manière de remercier un éducateur pour son travail, il peut malheureusement devenir une source de pression pour certaines familles. Pour celles qui peinent à joindre les deux bouts, cette tradition se transforme en une expérience stressante. Les enfants qui ne peuvent pas participer risquent de se sentir exclus et même coupables.

Je me souviens particulièrement d’un épisode marquant de mon enfance. Un de mes amis de classe, issu d’une famille pauvre, était le seul à ne pas pouvoir offrir de cadeau à notre enseignante. Ce jour-là, il était resté en retrait, visiblement mal à l’aise, tandis que nous remettions nos cadeaux. Ce souvenir, toujours présent, illustre à quel point une pratique anodine peut devenir une source de douleur pour certains enfants. Ce type de situation met en lumière une inégalité sociale qui n’a pas sa place à l’école, un lieu qui devrait être avant tout un espace d’égalité et d’inclusion.

Les enseignants n’attendent pas de cadeaux matériels; ils apprécient avant tout les gestes sincères. Voici quelques idées simples et accessibles à tous : une lettre de gratitude. Les mots ont un pouvoir immense. Une carte ou une lettre écrite par un élève peut être bien plus touchante qu’un objet. Un projet collectif. Pourquoi ne pas créer un carnet rempli de messages des élèves ou une affiche colorée en guise de remerciement collectif ? Un moment de reconnaissance. Une classe peut organiser une journée spéciale où les élèves expriment verbalement leur gratitude. Une culture scolaire plus inclusive. Les écoles pourraient encourager les familles à cesser la pratique des cadeaux matériels et à se concentrer sur des gestes non monétaires.

Il est temps que nous, enseignants, prenions conscience de l’impact que cette tradition peut avoir sur certains de nos élèves. En valorisant les gestes simples et accessibles, nous pouvons éviter de créer des situations d’exclusion. Plus encore, nous pouvons envoyer un message fort : ce n’est pas la valeur matérielle d’un cadeau qui compte, mais la sincérité de l’intention derrière.

Pour les enseignants qui reçoivent des cadeaux, il n’est pas nécessaire de se sentir coupable. Chaque geste, quelle qu’en soit la forme, est une marque de reconnaissance. Toutefois, en prenant conscience des impacts possibles de cette pratique, il est possible de la reconsidérer pour les prochaines fêtes. Et si, cette année, nous faisions différemment ? Et si, au lieu d’accepter des cadeaux, nous encouragions des initiatives qui rassemblent et valorisent chaque élève sans distinction ? Ensemble, nous pouvons faire de ce moment une véritable leçon de solidarité et d’humanité.

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

2 commentaires sur « Le coût caché d’une belle intention »

  1. Des années que je réfléchis pour demander aux parents des mots et des dessins d’enfants seulement…. je préfère que les parents gardent leur argent pour offrir à leurs enfants. Alors , oui , bien d’accord pour tenter de faire changer cette tradition….

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