Clair 2026 et son doux dépaysement.

Je vais te faire une confession: je suis arrivé à Clair en pensant vivre un colloque comme les autres. Tu sais, celui où on s’assoit, on écoute, on prend des notes, on repart avec une liste d’idées, puis lundi matin la vraie vie te rattrape? Mais à ma grande surprise à Clair, j’ai ouvert une porte et je suis entré dans une école. Une vraie. Vivante. Chaleureuse.

Dès l’accueil, j’ai senti que je n’étais pas un simple “participant”. Ici, on t’accueille comme un humain, et sans même te le dire, on te lance un message clair: prends ce que tu vois, partage-le, bonifie-le, puis ramène-le chez vous pour le faire vivre. Le partage n’est pas une option à Clair, c’est une culture.

Et ce qui m’a frappé encore plus fort, c’est que cette culture ne s’arrête pas aux murs de l’école: il y a un lien réel entre l’école, les familles, les industries et la communauté. Pas un partenariat “sur papier”, un écosystème vivant qui se voit dans l’énergie, dans les projets, dans la manière dont tout le monde semble tirer dans le même sens. Tu sens que l’école ne vit pas en vase clos. Elle est au cœur du village, et quand l’école devient un carrefour, l’apprentissage prend un autre goût: il devient utile, concret, connecté à la vraie vie.

J’ai vu de la robotique, des créations artistiques, des locaux sensoriels, des séances de yoga et même de massage. J’ai aussi vu, avec un sourire de Cancre Pédagogue, qu’il y avait un studio de podcasting. Oui, tout ça est impressionnant… mais si je suis honnête, le plus marquant, ce n’est pas l’équipement.

Le plus marquant, ce sont les jeunes: engagés, enthousiastes, et surtout avec du plaisir à apprendre. Ce n’est pas un détail cute, c’est un indicateur. Quand un élève a du plaisir à apprendre, ça veut dire qu’il se sent en sécurité, qu’il comprend le sens, qu’il peut essayer sans honte, qu’il peut être lui-même sans se faire réduire à une note. À Clair, tu ne vois pas des élèves qui “subissent” l’école; tu vois des élèves qui la vivent, parce qu’ils y ont une place.

Ça m’a rappelé une évidence qu’on oublie trop souvent: l’éducation ne fonctionne pas en silos. Le pédagogique sans l’humain, c’est froid et l’humain sans le pédagogique, c’est flou. Mais les deux ensemble, c’est solide. Ici, chaque activité semble porter une intention: apprendre, oui, mais apprendre en étant bien, en étant reconnu, en étant connecté. J’ai compris que l’engagement, ce n’est pas une technique magique, mais c’est une conséquence. Une conséquence d’une culture qui tient ensemble le pédagogique et l’humain, d’une école branchée sur ses familles, sur sa communauté, sur le réel orientée vers le futur.

À la table ronde, j’ai aussi eu droit à des “lampes de poche” qu’on se passe entre passionnés, notamment grâce aux idées partagées par Roberto Gauvin et Anick Arsenault, et Roberto a lancé une phrase qui m’est restée collée au cerveau : « Il ne faut plus parler de pénurie, mais de rétention. » Et cette phrase-là change l’angle au complet. Parce que “pénurie”, ça sonne comme une fatalité, comme si le problème était seulement qu’il manque du monde. “Rétention”, ça nous force plutôt à regarder l’essentiel. On doit se questionner sur ce qui fait que les gens restent, et sur le pourquoi qu’ils partent.

À Clair, la réponse se devine: quand tu bâtis une culture de collaboration, de sens, de partage, quand tu construis une école exigeante et profondément humaine, tu n’es pas juste en train d’innover. Tu es en train de créer un milieu où on respire. On ne retient pas des gens avec des affiches de recrutement. On les retient avec une école où on peut vivre.

Et c’est là que je me suis dit que Clair, ce n’est pas une sortie, ce n’est pas un luxe, ce n’est pas “un événement de plus”. C’est un investissement pour l’école. Un investissement dans des pratiques, certes, mais surtout dans une culture qui rend l’école plus vivante et les humains plus capables d’y rester.

D’ailleurs, cette année, Clair fête ses 15 ans, et honnêtement, ça se sent. Pas parce que tout est parfait, mais parce qu’il y a une vision assumée, une maturité, une continuité, un ADN de diffusion d’idées qui rappelle ses origines. Cet esprit de leaders en éducation qui partagent, qui écrivent, qui documentent, et qui donnent envie de “venir voir”, puis de repartir en se disant : “OK, maintenant je le ramène chez nous.”

Et là, je me ramène à mon défi personnel: si je reviens de Clair avec un carnet rempli de notes, mais que rien ne change lundi matin, j’ai manqué quelque chose. Mon défi n’est pas d’avoir plus d’idées, mais d’en ramener une et de la faire vivre. Une pratique. Une seule. Testable. Adaptable.

Et ensuite, j’ai compris mon rôle. Je ne veux pas être un touriste pédagogique. Je veux être un virus… un bon virus, celui qui contamine positivement. Un virus qui propage une idée simple. On peut bâtir une école exigeante et profondément humaine.

Je repars de Clair avec une phrase dans la tête. L’engagement, ce n’est pas une méthode. C’est une connexion. Connexion à l’école, connexion aux autres, connexion à la communauté, connexion à soi. Et je me laisse avec la question qui me suit sur le chemin du retour. Quelle est LA pratique que je vais oser essayer cette semaine, pour rendre mon école un peu plus vivante?

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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