Quand une organisation comme la CSSDA dégage le sentier, les enseignants peuvent enfin marcher loin.

Il y a des journées où tu sens que ce n’est pas juste une formation. C’est un moment d’intelligence collective. Un moment où les idées ne tombent pas du ciel. Elles se déposent dans le groupe, elles circulent, elles s’attachent, puis elles se transforment en gestes concrets. C’est à ce moment que tu regardes autour de toi et tu comprends que si ça fonctionne autant, ce n’est pas un hasard. C’est parce que, derrière la scène, quelqu’un a fait un travail exceptionnel. Aujourd’hui, je veux le dire clairement: l’organisation de la CSSDA dans cette affaire a été extraordinaire. Pas juste “bonne”. Extraordinaire. Parce qu’ils n’ont pas simplement organisé un événement. Ils ont organisé un environnement d’apprentissage, un cadre où l’on sent que chaque détail a été pensé pour que les cerveaux puissent réellement apprendre, se connecter, se remettre en question et repartir avec quelque chose de vivant.

En écoutant Steve Masson, éminent chercheur à l’UQAM, parler de neuroplasticité du cerveau, de récupération en mémoire, de rétroaction, d’erreur et de conditions gagnantes, j’ai eu l’impression que la CSSDA avait, sans même avoir besoin de le nommer, appliqué exactement ce que le cerveau demande pour changer. La neuroplasticité, au fond, c’est simple. C’est apprendre, c’est changer les connexions neuronales. Le cerveau se transforme selon ce qu’il pratique. Pour me l’expliquer, j’ai gardé une image qui m’a suivi toute la journée: celle d’une forêt. Le cerveau, c’est une forêt immense. Les neurones sont les arbres. Les connexions, ce sont les sentiers. Quand tu apprends quelque chose de nouveau, tu entres dans un sous-bois épais: ça accroche, c’est lent, tu doutes, tu t’égare un peu. Mais plus tu repasses au même endroit, plus le sentier se dégage. À force de passages, il devient clair, puis il devient une piste. Et un jour, tu t’y rends sans même y penser. Ce que j’ai trouvé fort, c’est que l’événement était construit de façon à ce que tout le monde puisse “passer dans la forêt” au bon rythme, avec des balises et des moments d’échanges qui rendaient l’apprentissage possible, pas seulement probable.

Une phrase me revient: le cerveau se prépare dès qu’on pense, mais il apprend surtout quand on agit. Là-dessus, j’ai senti qu’on n’était pas en mode spectateur. On était en mode participant. On a questionné, on a expliqué, on a échangé, on a tenté de mettre des mots simples sur des idées complexes. ÇA, c’est de l’activation réelle. C’est exactement ce qu’Hebb mettait en lumière dans The Organization of Behavior: quand des neurones s’activent ensemble, ils finissent par mieux se connecter. On résume parfois ça en une image: “fire together, wire together”. Dans une journée comme celle-là, tu ne le lis pas dans un article, tu le vois dans les yeux des gens. Quand tu prends une idée et que tu la reformules à quelqu’un, quand tu la défends, quand tu l’appliques à ta réalité de classe, ce n’est plus une information: c’est un chemin qui se construit.

Je veux aussi souligner des moments qui me tiennent à cœur. J’ai eu la chance de donner une formation sur la gestion de classe et l’apprentissage actif, et les quelque 25 personnes présentes ont vraiment apprécié. Je l’ai senti dans les réactions, dans les échanges, dans la façon dont les questions arrivaient. Des questions vraies, ancrées dans le quotidien, des gens qui ne veulent pas juste “savoir”, mais qui veulent essayer, adapter, transformer. Pour moi, c’est un signe clair que la culture installée par la CSSDA ce jour-là était la bonne, c’est-à-dire une culture où l’on se donne le droit d’apprendre, de chercher, de tester, de ne pas tout maîtriser immédiatement, mais de marcher ensemble dans la bonne direction. Autre chose m’a profondément marqué. Deux jeunes filles de l’école Léopold Gravel, accompagnées d’une enseignante et d’une maman, faisaient vivre des expériences d’entrevues pour un balado. J’ai été ébloui par leur curiosité, par cette soif d’apprendre qui se voyait dans leurs yeux et dans leurs questions. C’était beau à voir…du vrai apprentissage en action.

Revenons à notre conférencier vedette. Un autre élément essentiel de ce que M. Masson amène, et qui m’habite dans ma pratique, c’est l’importance de l’erreur. L’erreur n’est pas un verdict, c’est une donnée. Un détour. Une information précieuse. Mais il y a une nuance capitale. Si on répète l’erreur sans correction, on risque de “pratiquer le mauvais sentier”. À force de piétiner le mauvais chemin, il s’élargit. Non pas parce que l’élève “n’est pas bon”, mais parce que le cerveau fait son travail. Il renforce alors ce qu’il répète. C’est là que la rétroaction devient vitale. Le feedback arrive à la suite d’une action, pas avant. J’ajouterais même que. la rétroaction sur le retour d’information, c’est le moment où l’on vérifie si la personne a compris la correction et si elle est capable de la réutiliser. En classe, ça ressemble à quelque chose de très concret. Pas seulement “c’est faux”, pas seulement “voici la bonne réponse”, mais “voici un indice, ajuste, puis refais tout de suite”. Parce que la reprise immédiate, c’est ce qui grave le bon sentier pendant que le cerveau est encore chaud.

Et puis il y a cette idée qui, à elle seule, pourrait changer des habitudes. Apprendre, ce n’est pas revoir, c’est récupérer. Relire, c’est confortable. Ça donne l’impression de maîtriser. Récupérer, se rappeler sans regarder, c’est plus difficile, mais c’est là que les connexions se renforcent vraiment. J’aime l’image suivante. La mémoire à long terme, c’est la forêt; la mémoire de travail, c’est une clairière, petite, limitée; la récupération, c’est aller chercher un souvenir dans la forêt et le ramener dans la clairière pour s’en servir, le manipuler, l’expliquer, l’appliquer. Et c’est là que le numérique peut devenir un outil extraordinaire ou un piège silencieux, selon l’intention pédagogique qu’on lui donne.

Dans sa meilleure version, le numérique amplifie la récupération, tels que le quiz en ligne autocorrigés, la rétroaction immédiate, les occasions répétées de tenter une réponse, la reprise des erreurs, et l’espacement intelligent qui nous oblige à repasser plus tard sur le même sentier pour le solidifier. Oui, Kahoot, Quizizz ou des formulaires autocorrigés peuvent devenir des accélérateurs d’apprentissage quand ils servent une logique (tentative, feedback, reprise). Mais il y a aussi des pièges à éviter, et ceux-là, on les voit partout. D’abord, éviter que le numérique devienne une source de distraction, même quand on ne l’utilise pas. Ranger son téléphone (ma femme aimerait lire cette affirmation), l’enlever du champ de vision, ce n’est pas un caprice. Même la simple présence du téléphone peut gruger une partie de notre capacité attentionnelle. Ensuite, éviter le multitâche. Le multitâche réduit la rétention, et pire encore, il contamine l’environnement. Quand un élève navigue et se disperse, ceux autour peuvent en subir l’impact. Enfin, éviter que le numérique devienne une raison de ne plus activer et mémoriser. Si l’on prend l’habitude de chercher sur le web avant de chercher dans sa tête, on entraîne le cerveau à se souvenir de “où trouver l’info” plutôt que de l’info elle-même. On se coupe alors d’une base essentielle. Mémoriser n’est pas l’opposé de comprendre. Au contraire, une mémoire nourrie donne des appuis pour comprendre, pour faire des liens, pour exercer l’esprit critique, pour créer, pour éviter de surcharger le cerveau avec de la recherche constante, pour réfléchir et, oui, pour développer la compassion. Parce qu’un cerveau saturé et dispersé réagit plus qu’il ne pense. Et un cerveau qui pense mieux a plus de place pour la nuance, l’empathie, l’humanité. C’est ti pas beau ça?

Dans ce même esprit, l’IA devient un enjeu majeur. Le piège, c’est de laisser l’IA faire le travail à la place de l’élève. Dans ce cas, il n’y a ni récupération, ni consolidation, ni apprentissage durable. Mais si on positionne l’IA comme un coach et non comme un pilote automatique, elle peut devenir un outil précieux. Générer des questions de récupération, offrir une rétroaction, proposer des indices plutôt que des réponses, faire reformuler, créer des variantes pour que l’élève repasse sur le bon sentier. En forêt, l’IA peut installer des balises, mais c’est encore l’élève qui doit marcher.

Ce que je retiens de tout ça, c’est qu’une organisation comme la CSSDA ne fait pas “juste organiser”. Elle prépare un terrain. Elle dégage le sentier. Elle crée des conditions humaines, pédagogiques et logistiques qui permettent à des adultes déjà fatigués, déjà occupés, déjà sollicités, de redevenir des apprenants actifs, curieux, connectés. Cette journée n’a pas seulement été informative…elle a été structurante. Elle nous a permis d’activer nos cerveaux par l’action, de renforcer des chemins par la récupération, d’accueillir l’erreur comme un détour utile, de recevoir des balises claires, de réfléchir aux pièges du numérique et à l’usage intelligent de l’IA. Bref, elle a été à la hauteur de la neuroplasticité qu’on venait célébrer. Elle a été une journée qui ne remplit pas la tête mais qui aide à la recâbler.

Et pour ça, je veux le dire sans détour merci. Merci à la CSSDA pour cette organisation remarquable. Parce que quand une organisation dégage le sentier, les enseignants peuvent enfin marcher loin et surtout, ils peuvent revenir en classe avec quelque chose de vivant, d’utile, et profondément humain.

Félicitations!

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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