L’AQUOPS a tenu debout.

Il y a des moments en éducation où l’on comprend que ce ne sont pas seulement les idées qui tiennent un milieu debout, mais les humains. Pas les slogans. Pas les effets de scène. Pas les belles promesses. Les humains. Ceux qui arrivent quand ça brasse. Ceux qui prennent le relais quand le temps manque. Ceux qui décident, malgré la pression, de ne pas laisser tomber quelque chose qui compte pour des milliers de personnes. Cette année, en pensant à l’AQUOPS, c’est exactement à ça que je pense.

On parle souvent de l’AQUOPS pour sa programmation, pour ses ateliers, pour son énergie, pour sa capacité à faire circuler des pratiques porteuses en éducation. Oui, tout ça est vrai. L’AQUOPS est pertinente pour les enseignants, parce qu’elle nous sort du mode survie. Elle nous redonne du souffle. Elle nous permet de retrouver des collègues qui réfléchissent, qui créent, qui osent, qui tâtonnent, qui essaient encore de faire de l’école un lieu créatif et vivant. Elle est pertinente pour les conseillers pédagogiques, parce qu’elle offre un espace rare où l’on peut nourrir sa vision, affiner son accompagnement, écouter le terrain, voir ce qui fonctionne, sentir ce qui bouge réellement dans les milieux. L’AQUOPS, ce n’est pas seulement un événement sur le numérique. C’est un point de rencontre pour celles et ceux qui refusent de penser l’éducation chacun dans son coin.

Mais cette année, je me permet de dire quelque chose de plus. Je dois raconter ce qu’il y avait derrière ce que nous avons pas nécessairement vu. Parce que derrière un événement réussi, il y a parfois une histoire qu’on ne raconte pas assez. Une histoire de relais pris en pleine course. Une histoire de responsabilités assumées alors que l’échéancier n’a rien de confortable. Une histoire de sang-froid. Une histoire de présence. Une histoire de monde qui tient.

Sylvain Bourgelas et Caroline Morency sont arrivés alors que l’événement approchait à grands pas. Pas des mois à l’avance. Pas avec un long couloir devant eux. Non. Ils sont arrivés à quelques semaines d’un rendez-vous majeur. Ce n’est pas un détail. Parce qu’arriver dans un moment comme celui-là, c’est accepter d’entrer dans un système déjà en mouvement, avec ses défis, ses attentes, ses urgences, ses tensions, ses angles morts. C’est devoir comprendre, décider, s’ajuster, rassurer, soutenir efficacement et rapidement. Le plus périlleux a été de faire tout cela sans sacrifier l’essentiel.

Honnêtement, il faut le dire que ce qu’ils ont accompli force le respect.

Il y a des gens qui prennent une fonction. Et il y a des gens qui prennent une charge. Cette année, Sylvain et Caroline n’ont pas simplement occupé un rôle. Ils ont porté quelque chose. Ils ont tenu un fil dans un vent soudain de changement. Ils ont fait partie de ces personnes qui empêchent une structure de vaciller davantage. Dans un milieu comme le nôtre, où l’on sous-estime souvent la complexité du travail invisible, ça mérite plus qu’un merci lancé à la va-vite, ça mérite qu’on s’arrête, qu’on le nomme et qu’on l’honore.

Parce que ce qu’on voit d’un colloque, ce n’est jamais toute l’histoire. On voit des salles pleines. On voit des échanges stimulants. On voit une énergie contagieuse. On voit des visages souriants (croyez-moi j’en ai vu). On voit des corridors qui vibrent. Mais on ne voit pas toujours les ajustements de dernière minute. On ne voit pas les décisions prises sous pression. On ne voit pas les heures qu’on ne compte plus. On ne voit pas les inquiétudes gérées avec calme. On ne voit pas les bouts tenus ensemble pour que, justement, les autres puissent vivre l’événement sans sentir tout ce qui a dû être porté derrière le rideau.

Et c’est là qu’il faut aussi souligner quelque chose d’essentiel : la contribution exceptionnelle des bénévoles.

Dans les grands rendez-vous, il y a toujours une armée discrète. Une armée de gens qui n’ont pas besoin du micro pour faire une différence. Des gens qui se rendent disponibles. Des gens qui règlent, déplacent, accueillent, orientent, rassurent, transportent, répondent, vérifient, recommencent. Des gens qui voient un besoin avant même qu’on ait le temps de le nommer. Dans une année normale, leur apport est déjà précieux. Dans une année traversée par un vent soudain de changement, il devient fondamental. Cette année, les bénévoles n’ont pas seulement aidé. Ils ont soutenu l’ossature même de l’événement. Ils ont été de ceux qui font que ça tient. De ceux qui font que ça avance. De ceux qui transforment un défi logistique en expérience humaine.

Et il faut aussi rendre hommage au conseil d’administration. Parce qu’on sous-estime souvent ce que représente un CA solide dans un moment de transition. On pense parfois que son rôle est administratif, presque lointain. Mais quand le contexte se resserre, quand le temps manque, quand le changement souffle fort, la qualité d’un CA devient évidente. Un bon CA, ce n’est pas juste une structure. C’est une présence. C’est un appui. C’est une façon de tenir l’espace pour que celles et ceux qui sont au front puissent agir sans être seuls. Cette année, le soutien du CA a visiblement compté. Et il mérite d’être souligné avec la même force que le reste. Parce que dans les moments fragiles, il n’y a pas de miracle. Il y a des humains qui choisissent d’être là, ensemble, pour que quelque chose d’important continue d’exister.

Au fond, c’est aussi ça qui rend l’AQUOPS si pertinente pour les enseignants et les conseillers pédagogiques. Oui, elle est pertinente pour ses contenus. Oui, elle est pertinente pour ses ateliers, ses découvertes, ses pratiques inspirantes, sa capacité à faire avancer la réflexion pédagogique. Mais elle l’est aussi pour ce qu’elle incarne. Elle nous rappelle que l’éducation se construit rarement dans le confort. Elle nous rappelle que les milieux forts ne sont pas ceux qui ne traversent jamais de tempête, mais ceux qui trouvent encore la force de se serrer les coudes quand elle arrive. Elle nous rappelle que derrière les grandes idées, il faut toujours des gens capables de tenir debout dans le réel. Je dois avouer c’est probablement ce qui m’a le plus touché cette année.

En éducation, nous savons ce que c’est, tenir quand ça bouge. Nous savons ce que c’est, continuer alors que tout n’est pas idéal. Nous savons ce que c’est, porter avec peu de temps, beaucoup d’attentes et un désir profond de ne pas échapper l’essentiel. Voir cela à l’œuvre dans un événement d’une telle ampleur, ça ne fait pas que m’impressionner. Ça me touche. Ça me rappelle que notre milieu est encore habité par des gens capables de grandeur discrète. Par des gens qui n’ont pas besoin de faire de bruit pour avoir de l’impact.

Et maintenant, déjà, il faut regarder vers l’avant. Le printemps prochain nous mènera vers la 45e édition de l’AQUOPS, en 2027. Quarante-cinq éditions! Rien de moins! Quarante-cinq occasions de rassembler une communauté éducative autour du développement professionnel, de l’innovation réfléchie, du partage et de l’intelligence collective. Quarante-cinq preuves que malgré les changements, les essoufflements, les réformes, les écrans, les pressions et les tempêtes, il existe encore un lieu où l’on choisit de penser l’école ensemble.

La 45e ne devra pas être vue comme un simple chiffre symbolique. Elle devra être célébrée pour ce qu’elle représente profondément. Je parles de la persistance d’une communauté qui continue de croire que se rencontrer pour apprendre, réfléchir et se renouveler, ça a du sens. Il faudra y aller. Il faudra en parler. Il faudra l’habiter. Il faudra rappeler aux enseignants qu’ils méritent eux aussi d’être nourris. Il faudra rappeler aux conseillers pédagogiques qu’ils ont besoin de ces espaces pour continuer d’accompagner avec justesse. Il faudra surtout rappeler à tout le monde que les grandes rencontres en éducation ne sont pas un luxe. Elles sont une respiration.

Alors aujourd’hui, je n’ai pas seulement envie de saluer un événement réussi. J’ai envie de saluer des personnes. J’ai envie de dire merci à Sylvain Bourgelas. Merci à Caroline Morency. Merci aux bénévoles. Merci aux membres du CA. Merci d’avoir porté cette édition avec autant de cœur, de rigueur et de solidité alors que le vent avait changé brusquement. Merci d’avoir montré que même quand le temps manque, même quand la transition arrive vite, même quand le contexte pourrait fragiliser l’ensemble, il est encore possible de faire naître quelque chose de beau, de fort et de rassembleur.

Cette année, l’AQUOPS n’a pas seulement été pertinente. Elle a été une démonstration vivante de ce que le monde de l’éducation peut encore faire de plus beau quand il choisit de tenir ensemble. On se revoit l’an prochain?

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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