Saviez-vous qu’un arbre pousse à deux endroits en même temps?

J’ai réalisé cela en écoutant une vidéo hier sur les réseaux sociaux. Oui oui l’Arbre pousse dans deux endroits en même temps. Il pousse vers la lumière, bien sûr. Ça, on le voit. On admire ses branches, ses feuilles, son élan vers le ciel. Mais il pousse aussi ailleurs, en silence, loin des regards. Il pousse dans la terre. Il creuse. Il s’ancre. Il construit ce qu’il lui faut pour tenir debout. C’est pour ça que l’arbre me fait autant penser à l’éducation. Vous vous rappelez mon blog sur l’arbre de construction massive? Je vous propose de le relire.

On parle souvent de ce qui paraît chez un élève. Je parle de ses résultats, sa progression, ses réussites, Je parle aussi de sa capacité à répondre, à performer, à monter. On regarde ce qui sort, ce qui dépasse. et ce qui se mesure. Bref, on regarde les branches. Mais apprendre, ce n’est pas seulement pousser vers le haut. Apprendre, c’est aussi pousser en dedans c’est-à-dire en profondeur. Dans l’invisible.

En sciences, il existe deux mots magnifiques pour parler de cette double croissance: phototropisme et gravitropisme. Le phototropisme, c’est la force qui pousse l’arbre vers la lumière. Le gravitropisme, c’est celle qui pousse ses racines dans la terre, vers l’ancrage, vers la stabilité, vers ce qui lui permettra de traverser les vents sans casser.

À bien y réfléchir, je me dis que nos élèves apprennent exactement comme ça. Ils ont besoin de lumière. Ils ont besoin d’élan. Ils ont besoin de sens, de curiosité, de passion, de projets qui les allument et d’adultes qui leur donnent envie d’avancer. Ils ont aussi besoin de racines. Ils ont besoin de sécurité, d’un câdre, de lien, de confiance, de patience, de droit à l’erreur. Ils ont besoin d’un sol assez humain pour oser grandir sans avoir peur de s’effondrer. Ils forgent une résilience qui sera utile dans la vie adulte.

Le phototropisme, en éducation, c’est ce moment où un élève commence enfin à se tourner vers quelque chose qui l’éclaire. Pas nécessairement une note. Pas nécessairement une matière. Parfois, la lumière prend le visage d’un adulte qui croit en lui. Parfois, elle prend la forme d’un projet qui lui redonne une étincelle. Parfois, c’est simplement la première fois depuis longtemps qu’il se sent capable au lieu de se sentir en retard. Quand cette lumière apparaît, quelque chose change.

L’élève avance autrement. Il devient plus présent, plus engagé et plus vivant. Il ne pousse pas parce qu’on lui a répété de pousser. Il pousse parce qu’il a enfin trouvé quelque chose qui mérite d’être rejoint.

Mais il n’y a pas que la lumière. Il y a aussi le gravitropisme. Celui-là, on l’oublie souvent dans nos écoles. On aime beaucoup ce qui paraît. Ce qui se mesure. Ce qui monte. Les résultats, les réussites, les performances, les traces visibles de la progression. On regarde les branches, les feuilles, la hauteur. On veut voir la croissance trop rapidement. Dans le bulletin, dans les statistiques, dans tout ce qui rassure le système. Pourtant, un arbre ne tient pas debout à cause de ce qu’on voit. Il tient debout à cause de ce qu’on ne voit pas. Ses racines.

En éducation, les racines, ce sont le lien, la sécurité, le câdre, la confiance, la constance, le droit à l’erreur, la patience, la présence d’un adulte qui ne retire pas sa valeur à l’enfant quand il échoue. Les racines, ce sont aussi les bases qu’on reprend sans humilier, les routines qui apaisent, le climat qui rassure, les regards qui disent à un jeune qu’il est possible d’essayer sans jugement.

On oublie qu’avant de demander à un élève de s’élever, encore faut-il lui permettre de s’enraciner. On veut que ça monte sans toujours se demander si ça tient. On veut des jeunes performants, mais avons-nous bâti un sol assez humain pour qu’ils osent apprendre sans se casser?

Je pense à tous ces élèves qu’on croit lents, alors qu’ils sont peut-être simplement en train de faire un travail invisible. Ils apprennent à se faire confiance. Ils apprennent à apprivoiser la peur. Ils apprennent à rester dans la pièce sans se sentir de trop. Ils apprennent à respirer dans un monde qui leur demande souvent de performer avant même de se sentir en sécurité. Eux aussi poussent.. Peut-être pas toujours au rythme qu’on voudrait, dans la forme qu’on avait imaginée et/ou de façon spectaculaire, mais ils poussent.

C’est précisément pour ça que je rêve d’une éducation différente. Je rêve d’une éducation qui arrête de se contenter de structures temporaires, de rustines pédagogiques, de pressions déguisées en excellence. Je rêve d’une éducation qui devienne enfin un arbre de construction massive. Je ne veux pas un concept joli sur une affiche. Je ne veux pas une vision inspirante qu’on applaudit dans une conférence avant de retourner aux vieilles habitudes. Je parle d’un vrai arbre, immense, solide et vivant. Un arbre capable de traverser les saisons, les remises en question, les vents contraires et même les tempêtes sans perdre son essence. Un arbre dont les racines seraient faites de compassion. Un arbre dont le tronc serait fait de cohérence, de courage et d’humanité. Un arbre dont les branches porteraient la créativité, la pensée critique, la curiosité, la différence, la vulnérabilité et l’espoir. Un arbre assez vaste pour accueillir chaque jeune sans lui demander d’être autre chose que ce qu’il est en train de devenir. Moi, c’est cette éducation-là que j’ai envie de défendre.

Une éducation qui comprend que le phototropisme et le gravitropisme ne sont pas des forces opposées, mais des forces complémentaires. Il faut de la lumière pour donner envie d’avancer. Il faut des racines pour ne pas s’effondrer en chemin. Il faut du sens pour s’élever. Il faut de la sécurité pour oser. Il faut du lien pour apprendre. Il faut de l’humanité pour durer. Il faut comprendre qu’enseigner, ce n’est pas tirer sur les branches pour faire croire que l’arbre grandit plus vite. Enseigner, c’est préparer le sol. Protéger les racines. Laisser passer la lumière et croire à la croissance même quand elle est encore invisible. Si je porte en moi ce désir si fort de faire de l’éducation un arbre de construction massive, c’est parce que je suis convaincu d’une chose. Nos jeunes méritent mieux qu’un système qui leur demande de briller avant même de leur permettre de s’enraciner. Ils méritent une éducation qui ne cherche pas seulement à produire, mais à faire grandir. Ils méritent une éducation qui ne corrige pas seulement les branches, mais qui prend soin des racines. Ils méritent une éducation qui comprend enfin que pour toucher le ciel, il faut d’abord apprendre à habiter la terre.

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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