La transformation d’un doux regard

On pense souvent qu’une transformation commence par ce qu’on voit, mais parfois, ce qu’on voit à l’extérieur n’est que la dernière partie d’un long chemin intérieur. Un peu comme un bambou qui prend racine plusieurs années avant de pousser.

Dans mon passage à l’émission Voir autrement, Lise Setlakwe est revenu sur les dernières années de ma vie. Des années marquées par beaucoup de projets certes mais aussi sur la constante pression, mes remises en question, mais aussi par une forme de retour à moi-même.

Pendant longtemps, j’ai porté plusieurs chapeaux à la fois. Enseignant, entrepreneur, animateur, podcasteur, père, conjoint, gars de projets. J’aimais créer, j’aimais rassembler, et par dessus tout, j’aimais faire bouger les choses. Mais à force de vouloir tout porter, J’ai découvert que j’enterrait quelque chose de plus profond pour m’oublier.

La pandémie a été un moment charnière. Mon entreprise événementielle s’est retrouvée sur pause. Puis, quand les activités ont repris, tout est reparti très vite. Trop vite. La pression est revenue, les contrats, les soirs, les fins de semaine et la charge mentale. Avec le recul, je réalise que je n’avais pas encore vraiment fait le deuil de ma mère et d’un drame familial entourant mon père. J’avais encaissé. Encore et encore. Jusqu’à ce que le corps parle à sa façon.

La balance m’a fait comprendre… 305 livres. 305 lols de charge que je gardais à l’intérieur due à la fatigue, aux excès, au stress, aux deuils non réglés et ce le besoin de reprendre mon souffle. Puis il y a eu une décision importante, celle de vendre mon entreprise.

Ce n’était pas un échec. C’était un choix de vie. Un choix de santé. Un choix de présence. J’avais besoin de retrouver du temps, de l’espace, du calme. J’avais besoin de revenir à ce qui me faisait du bien.

C’est aussi dans cette période que le spinning est revenu dans ma vie. Au départ, presque par hasard, en remplaçant ma fille. Puis j’ai retrouvé quelque chose que j’avais perdu, c’est -à -dire le plaisir d’être avec les gens, sans toute la pression de la planification et de l’organisation. Donner 45 minutes, transmettre de l’énergie, bouger, respirer, repartir plus léger. Ce n’était pas seulement du sport. C’était une façon de me remettre en mouvement. Mais cette transformation ne s’est pas limitée au corps.

Le balado Le Cancre Pédagogue a aussi profondément changé ma façon de voir l’éducation. Au départ, je voulais parler d’astuces pour accompagner les enseignants. Puis, très vite, j’ai compris que le véritable apprentissage allait venir des autres. Chaque entrevue est devenue une occasion d’écouter, d’apprendre, de me laisser bousculer.

Au fil des rencontres, j’ai changé ma posture d’enseignant. J’ai compris que certaines pratiques que j’avais connues enfant, puis parfois reproduites inconsciemment, relevaient de la violence éducative. Cette prise de conscience n’a pas été facile. Elle est venue avec de la culpabilité, mais aussi avec une responsabilité, qui est celle de faire mieux à partir du moment où l’on sait mieux.

Aujourd’hui, la compassion est au cœur de ma pratique. Pas une compassion molle ou complaisante. Une compassion qui demande de l’inhibition, du recul et une volonté sincère de comprendre l’autre avant de le juger. Quand un jeune agit différemment, il n’est pas nécessairement dans le champ. Il est peut-être simplement en train de nous montrer une vérité qu’on ne connaît pas encore. C’est ce regard-là que j’essaie maintenant de porter sur mes élèves. Un regard plus doux, plus curieux et surtout plus humain.

Mon voyage au Maroc m’a aussi amené à voir autrement. Voir une autre culture. Entendre d’autres explications. Me faire bousculer dans mes certitudes. Réaliser que comprendre ne veut pas nécessairement dire être d’accord, mais que juger trop vite nous empêche souvent d’apprendre.

Ce voyage m’a rappelé une chose importante. On grandit davantage quand on accepte de se remettre soi-même en question plutôt que de toujours remettre l’autre en question.

Au fond, cette entrevue m’a permis de boucler un bout de mon parcours et surtout, ce jeune Frédéric qu’on disait mauvais élève, mais qui avait surtout besoin d’être regardé autrement.

Aujourd’hui, je comprends mieux que ma transformation n’est pas seulement physique. Elle est humaine, car elle est dans ma façon de me parler, d’enseigner, d’aimer, d’écouter et de ne plus me battre contre moi-même.

Voir autrement, ce n’est pas seulement changer son regard sur le monde. C’est aussi accepter, enfin, de poser sur soi un regard plus doux.

Merci à l’équipe de Voir autrement pour cet espace d’échange vrai, bienveillant et profondément humain.

Pour écouter l’entrevue complète :
https://youtu.be/lqzG_IuQ3qA?si=1Btn07Pwh_2Fa5M2

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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