Le Cancre

Oui c’est moi. Inutile de vivre avec le syndrome de l’imposteur, inutile de me cacher, inutile de montrer une fausse image avec ma carrure et ma grandeur d’un grizzly au «one pack ». Toute ma jeunesse on m’a étiqueté de cancre. Pour être franc, j’ai été cancre jusqu’à l’université. Beaucoup d’enseignants disaient que j’étais paresseux, lunatique, gauche, non motivé. Bref, c’est ce que j’ai entendu de moi une grande partie de ma vie. J’avais l’impression d’être un chien dans un jeu de quilles. Les cours d’éducation physique étaient pour moi une occasion supplémentaire de me déprécier. Je me rappelle des olympiades où je n’arrivais pas à rejoindre les objectifs du programme…trop lent, pas assez fort, pas d’endurance, aucune impulsion, ni équilibre. J’ai ce souvenir pénible de ma 5e année.

Mise en contexte, nous étions en septembre, c’était le mois de la mise en forme. Avec le programme Participaction, nous avions des objectifs ciblés à rencontrer avec la course, la gymnastique, et autres exercices variés. À la fin du mois, nous recevions les médailles nous pour féliciter de nos performances. Pendant que les élèves de ma classe recevaient des médailles d’or, d’argent ou de bronze, moi on me remettait presqu’en cachette, à la fin du cours, un calendrier de participation.

Voici une enseignante extraordinaire! Lise a changée ma vie.

Oui vous avez compris. À l’école, je cadrais nulle part. Bien sûr et par chance, j’ai eu des enseignants extraordinaires, mais j’ai également été durement happé par d’autres. Les enseignants, qui me donnaient de l’amour et me permettait de m’épanouir. Il arrivait malheureusement certaines années où je devais revivre ces 180 jours ternes et difficiles de la vie d’un cancre. Ça prend souvent une étincelle d’amour pour donner espoir et malheureusement une parole pour tout détruire. Oui il y a des jours où je me suis trainé les pieds. À certains moments, la nonchalance a été pour moi une stratégie de défense. Je n’avais que très peu d’amis et je subissais quotidiennement de l’intimidation. Heureusement j’avais mon « safe zone » au retour à la maison.

Les gars sont différents des filles. Ce podcast avec un Serge Goyette vous aidera à comprendre cette différence.

Malgré le titre de cancre, j’ai découvert cette passion d’aider lorsque j’aidais mon “p’tit” frère dans ses devoirs. J’aimais lui expliquer des notions que j’avais déjà apprises et comprises. Je me rappelle lui avoir expliqué le principe de la multiplication. J’ai trouvé valorisant de voir l’étincelle dans ses yeux. Son enthousiasme m’a donné le goût, plus tard, de faire une différence dans la vie des autres. C’est ainsi que j’ai emprunté le parcours sinueux de devenir un enseignant. À l’université, même si je n’étais pas le plus performant, mes expériences de stages me donnaient la conviction que, malgré mes difficultés et mes échecs, j’avais toujours ma place.

Très tôt dans ma jeune carrière, j’ai vécu de grandes difficultés disciplinaires. Je ne pouvais supporter les dérangeants, les impolis et les impertinents. Je prenais plus de temps à “jouer la police” que de suivre le programme. Je trouvais insupportable d’avoir des cancres dans ma classe. Ma constante colère sur les actions de mes élèves et mon jugement hâtif des compétences parentales ont résulté de piètres résultats dans ma gestion de classe. L’énergie devenait tellement malsaine et toxique, que je recevais même des doléances de parents, me suppliant de changer de profession. Je venais de perdre la foi en mes capacités.

Honnête, Empathie, Respect, Ouverture, et Sourire. Je suis un héros au quotidien!

Puis un jour, j’ai réalisé une chose. En voulant vraiment régler le problème que je vivais, une vérité m’a frappé en plein visage. Mes blessures du passé hantaient mon présent et venaient possiblement bousiller mon avenir. Par ce constat, j’ai finalement compris que j’étais le saboteur du climat de ma classe. Mon quotidien me ravivait tellement des blessures de mon passé de cancre que, par mon attitude, je devenais le vecteur du climat de ma classe. Le problème n’était donc plus mes élèves, le véritable problème c’était MOI, ou devrais-je dire mon égo. J’étais devant cette incapacité de mettre un trait sur mon passé. Par cette prise de conscience, je venais également comprendre la nature du problème sur certaines de mes relations conflictuelles que je vivais avec des enseignants. C’est ainsi que le mépris à égard des élèves a avec le temps laissé place à la compassion. Etait-il hypothétiquement possible, que ces jeunes voulaient cacher leurs vulnérabilités, en triangulant pour ne plus avoir à revivre une expérience douloureuse?

Il arrive bien souvent que les souffrances ne peuvent se régler sans aide. C’est pourquoi, les

J’ai trouvé cette image sur le web. Je la trouve révélatrice. Un jour mon ami Yannick m’a dit: Ce que tu portes attention prend de l’expansion. C’est en arrivant à se comprendre soi-même, que l’on arrive petit à petit à changer le cours des choses en y ajoutant un regard différent.

enseignants devraient avoir recours au service d’un thérapeute. C’est en arrivant à se comprendre soi-même, que l’on arrive à se pardonner pour les erreurs commises et ainsi parvenir à mieux comprendre la vie qui nous entoure. C’est en arrivant à se comprendre soi-même, que l’on arrive petit à petit à changer le cours des choses.

Je ne peux qu’être reconnaissant du cheminement que j’ai parcouru. Maintenant, je suis conscient que la vulnérabilité est une force et que, par la compassion, j’arrive à devenir signifiant pour mes élèves. Oui même les cancres ont cet espoir d’arriver à réaliser de grandes choses.

Le cancre devenu pédagogue.

Pour en savoir davantage sur moi je vous invite à écouter mon premier balado.

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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