Et si l’été servait à faire autrement?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je remarque qu’Il y a des moments dans une année scolaire où l’on sent que quelque chose doit changer.

Je ne souhaite pas entrer dans la réthorique que tout va mal, que les enseignants ne travaillent pas assez fort, que les élèves ne veulent pas apprendre. Je remarque qu’à force d’attendre le bon moment, les bonnes directives, les bons outils, les bons documents, les bonnes conditions, on finit parfois par s’installer dans l’attente. Je sais de quoi je parle j’ai vécu ça trop longtemps. Je vous explique. Chez moi, l’attente, en éducation, m’a donné un faux sentiment de confort. Elle m’a donné cette fausse impression d’être prudent, d’être loyal et de respecter le système.

Mais à force d’attendre, ce confort est devenu au fo des années une cage.

Longtemps j’ai attendu que les directives viennent d’en haut, que quelqu’un me dise exactement quoi faire. Pendant presque 20 ans, j’était dans l’attente que le programme soit clarifié, que la formation arrive, que le matériel soit prêt, que les consignes soient uniformes, que tout le monde embarque en même temps.

Mais j’ai remarqué une chose. pendant que je tuais ma créativité à attendre mes élèves eux avaient des besoins. Comme la société, mes élèves grandissent. Ils changent. Ils arrivent avec leurs défis, leurs blessures, leurs forces, leurs questions, leurs écrans, leurs silences, leurs tempêtes et leurs élans. Ils n’attendent pas que le système soit parfaitement aligné pour avoir besoin de nous. C’est là que chez-moi s’est trouvé le véritable point de rupture en éducation.

D’un côté, il y avait moi qui attendait tout en regardant vers le haut, espérant qu’une directive claire finisse par descendre. Ce n’était pas d cela paresse ni du désengagement. À trop vouloir bien faire, comme un bon technicien, j’ai appris à suivre, à observer, à ne pas trop déranger, à rester dans le cadre.

Il y a quelques années j’ai décidé de me lever. Mon souhait n’était pas de tout renverser ou faire une révolution contre tout le monde. Mais pour reprendre son pouvoir d’agir c’est à dire innover, essayer, adapter, collaborer. Je souhaitais et je souhaite toujours transformer une petite partie de mon quotidien pédagogique.

Je ne prétend pas avoir toutes les réponses. J’accepte même de me tromper. Mais j’ai décidé de refuser que cette peur de mal faire devienne plus forte que le désir de mieux faire. J’ai mis à contribution mon intuition et ma créativité.

D’un côté ou l’autre, à la fin d’une année scolaire, on arrive fatigués. On traîne dans notre sac à dos, des traces de réussites, des rencontres difficiles, des beaux moments, des imprévus, des élèves qui nous ont touchés et de ceux qu’on a parfois eu l’impression de ne pas réussir à rejoindre.

J’ai remarqué au fil des années que terminer l’année en beauté, ce n’est pas faire semblant que tout a été parfait. C’est prendre le temps de reconnaître ce qui a été vécu. C’est remercier les élèves pour ce qu’ils nous ont appris. C’est accepter que certaines choses aient moins bien fonctionné. C’est se donner le droit de déposer ce qui est lourd et vivre pleinement l’été.

À mon avis l’été ne devrait pas seulement servir à récupérer des forces pour recommencer exactement la même chose en septembre. Il devrait servir à respirer., prendre du recul et se demander après quelques jours de farniente se demander avec honnêteté ce que l’on souhaite continuer, ce que je veux cesser de faire, ce que je veux oser. Je vous souhaite de vous demander ce que je faites par conviction, ou ce que vous faites est la simple, faussement sécurisante, résultante routinière.

Je vous rassure ici. Faire différent en éducation ne veut pas nécessairement dire tout changer. c’,est peut-être accueillir autrement un élève difficile. C’est peut-être aussi revoir une routine, de donner plus de place à la parole des jeunes, de créer un projet qui a du sens, de collaborer avec un collègue qu’on connaît peu, d’ arrêter de punir le symptôme et commencer à chercher le besoin, de choisir la compassion sans renoncer au cadre.

Lisez bien ce qui suit: Le point de rupture en éducation, ce n’est pas le moment où l’on abandonne. C’est le moment où l’on cesse d’attendre la permission d’être pleinement pédagogue.

Alors, en cette fin d’année scolaire, je vous souhaite de terminer avec gratitude. Souhaitons-nous de regarder le chemin parcouru avec lucidité, mais aussi avec douceur. Souhaitons-nous un été réparateur, pas seulement pour dormir, mais pour penser, rêver, questionner et retrouver le sens.

Et en septembre, peut-être que la vraie question ne sera pas :
« Quelles directives vais-je recevoir? »

Mais plutôt :
« Quelle différence suis-je prêt à incarner? »

Arrêtons de croire que le changement commence absolument par des états généraux ou une réforme. Croyons plutôt à l’audace d’un enseignant qui se lève.

Publié par Mr Friday

Je suis enseignant, conférencier, podcasteur et animateur. L'humain me fascine. Mes expertises sont la gestion de classe compatissante et le savoir-être.

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